Overdose d’avocados

La volonté de manger plus sain est un phénomène de société depuis plusieurs années, avec de nombreux aficionados partageant leurs passions pour le golden latte, avocado toast et autres healthy food sur les réseaux sociaux. Cette tendance répond à une volonté de se nourrir mieux, surtout après les nombreux scandales alimentaires ayant éclaboussé l’industrie ces dernières années. Oui mais à quel prix ? Que se cache-t-il vraiment derrière la mention healthy dégainée à tout bout de champs ?

Super aliments : super anarque ?

Depuis une dizaine d’années, la mode des super aliments a décollé : goji, cranberry, chou kale, curcuma, graine de chia, açaï, aloe vera, grenade ou encore spiruline. Prisés pour les vertus qu’on leur prête, ces fruits, légumes, épices, écorces ou algues ont conquis de nombreux consommateurs des grandes villes, notamment occidentales. Les vendeurs promettent que ces produits miracles apporteront aux consommateurs les nutriments nécessaires, tout en prévenant du cancer, du cholestérol, et même du vieillissement. Des bienfaits dont la véracité n’a jamais été démontrée. Et pour cause, le « super » label n’a rien de scientifique, ni même d’officiel. Il est purement marketing.

Par ailleurs, au-delà d’un coût souvent prohibitif, la production de ces « super aliments » n’est pas toujours facile à tracer et utilise de nombreux pesticides, parfois utilisés en doses supérieures à celles autorisées ou interdis en Europe. Un article édifiant de l’Express met ainsi en avant les problèmes soulevés par l’engouement autour de ces super aliments.

Ces super aliments fragilisent également les populations locales.  Certains aliments sont touchés, notamment ceux qui sont la base de l’alimentation dans de nombreuses sociétés depuis des millénaires. La brusque explosion de la demande du quinoa par exemple depuis 2013 a fait exploser les prix au Pérou pour satisfaire la demande et réduit les stocks réservés à la population pour favoriser l’exportation, au détriment des habitants.  Dans le sud des États-Unis, la brusque explosion de la demande pour le chou kale a privé les classes populaires d’un de leurs condiment les plus consommés depuis des générations.

Mais si certains super aliments restent encore un phénomène assez peu connu du grand public, impossible d’avoir échappé à l’engouement pour un aliment qui cumule tous les travers de ce phénomène : l’avocat.

Avocado mania : le mal du XXIème siècle

Longtemps associé en apéritif ou en entrées à des crevettes et du pamplemousses, l’avocat a connu une véritable starisation et remise au goût du jour ces dernières années avec un phénomène de mode qui continue d’avoir ses aficionados : l’avocado toast.  En tapant le hashtag #avocado Instagram, on obtient plus de 9 millions de résultats. Synonyme d’alimentation saine et équilibrée, bon pour la santé en apportant des nutriments essentiels, l’avocat est un fruit qui s’est imposé dans la plupart des cantines healthy de la planète ces dernières années. Sa texture se prête idéalement à la préparation rapide de toasts hautement customisables et Instagramables. Venu d’Australie, l’avocado toast a cartonné aux États-Unis et a commencé à inonder l’Europe et d’autres régions du monde depuis 2015, facilement vendu à partir de 7-8€ la tartine et jusqu’à une vingtaine d’euros. Selon les données de Square, une entreprise de gestion des paiements via carte de crédit, les jeunes Américains dépenseraient en moyenne 900 000 dollars par mois en toasts à l’avocat. En 2018, la demande mondiale d’avocats a bondi de 20% et les prix de 7%.  Avec 1,5 kg par personne et par an, les Français en sont même devenus les plus gros consommateurs en Europe !

Mais en quoi sa production en forte augmentation pose-t-elle un problème aujourd’hui ?  La culture intensive de l’avocat est un désastre écologique à tous les niveaux dans les zones de production. Il faut environ 1000 litres d’eau pour produire un kilo d’avocat, soit deux fruits et demi… contre cinq fois moins d’eau pour produire un kilo de maïs. Le transport est également un facteur important, le fruit poussant majoritairement en Amérique du Sud, de République Dominicaine, d’Indonésie, d’Israël, des États-Unis, et d’Afrique. Sa culture intensive détruit l’environnement et la biodiversité, fragilisant les sols. Les pesticides et insecticides sont souvent utilisés en abondance pour préserver le fruit de parasites microscopiques rendant sa chair noire et donc invendable. Les avocats bio sont malheureusement aussi rares que onéreux (facilement au-dessus de 3-4 € pièce).

De plus, la culture de l’avocat favorise l’exploitation de la misère sociale.  La production ayant souvent lieu dans des pays en développement, qui peuvent tomber aux mains de réseaux extrêmement organisés qui veulent profiter d’autant plus de l’augmentation de la demande mondiale. Ce phénomène est notamment frappant au Mexique.  Premier pays exportateur d’avocats, 90 % de la production provient de la région montagneuse du Michoacán dans le sud-ouest où les conditions climatiques sont plus favorables de juin à septembre. La région est particulièrement touchée par l’agriculture intensive du fruit détruisant des milliers d’hectares de pins pour faire pousser les avocats. Les cartels de la drogue mexicaine comme celui de Los Caballeros Templarios (Les chevaliers templiers) extorquent de l’argent aux agriculteurs locaux tandis qu’en Nouvelle Zélande, des bandits pillent les fermes d’avocats.

Aussi, l’avocado toast apparaît réellement comme un phénomène de mode aliénant toute une partie de la population à l’autre bout du monde et est représentatif des travers de la société dans laquelle nous pouvons vivre aujourd’hui. Ce phénomène de gentrification et d’aliénation de la nourriture saine est ainsi implacablement dénoncé par le journaliste Aleks Eror dans un article publié sur High Snobiety en 2016 :

« Il y a une ironie terrible dans tout ça. La classe moyenne libérale qui brunche dans des cafés végétariens et poste ses photos de salades de quinoa et autres toasts à l’avocat sur Instagram voit probablement ses choix culinaires comme une marque d’ouverture d’esprit profonde, mais il s’agit d’une forme moderne de colonialisme. Tout comme les Anglais ont pillé l’Inde pour son thé et ses épices, cet arrangement assoit la puissance financière des pays développés face à la pauvreté et au désespoir des pouvoirs plus faibles ». 

Aleks Eror, Journaliste chez High Snobiety, 2016

Alors on fait quoi ?

Dans le cas de l’avocado toast, en solutions de remplacement, on peut penser aux graines de tournesol pour les apports en vitamine E, les légumes verts ou l’huile de colza pour la vitamine K, toutes sortes d’huiles et de noix pour les lipides mono-insaturés bons pour le système cardio-vasculaire, les agrumes, les poivrons ou encore le fenouil pour la vitamine C. Et une autre tendance est également en train d’émerger: le pumpkin toast, beaucoup plus écolo et tout aussi Instragramable. Enjoy, c’est cadeau. Plus largement, le bon sens est de consommer tout simplement davantage de produits simples, de saison, locaux, si possible bios, favoriser les fruits et les légumes, manger plus de fibres et de céréales complètes, et surtout arrêter de culpabiliser. Il n’existe pas d’ingrédients miracles, mais simplement une autre façon d’aborder la nutrition. Bon appétit !

Pour aller plus loin :

Sources : Blog de Manon Woodstock, L’Express, Le Parisien, Focusur, Nouvel Obs, Grazia, Actualité Food, Dhnet, High Snobiety

Posts created 37

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut