Tech for Good, Low Tech & Co

  • Mouvement des Low Tech / Fabric Lab / USSD (unstructured supplementary service data) fonctionnant en Afrique sans Internet / notion de jugaad (équivalent ailleurs ?) / notion de wise tech réconciliant le high et le low tech / sobriété numérique / référence : l’âge des low tech Philippe Bihouix / mouvement slow citta venu d’Italie, sur la meme idée que la slow food.
  • Notion d’impact du numérique sur l’environnement (fonctionnement des data center, conso énergie etc.) et de sobriété numérique
  • Hors série Socialter sur le sujet
  • https://chut.leschuchoteuses.fr/tech/la-tech-for-good-changer-le-monde/
  • https://www.mediaterre.org/actu,20190712113330,2.htmlImpact environnemental du numérique

notion d’innovation frugale

Innovation inversée https://medium.com/@julienlenet/innovation-invers%C3%A9e-et-jugaad-un-changement-de-paradigme-inspir%C3%A9-du-sud-e0ab9ebea6a9 « La reverse innovation, innovation inversée, ou encore trickle-up innovation, est une innovation qui émerge au Sud, dans les pays en voie de développement, avant d’être ensuite adoptée au Nord dans les pays développés. Elle a été décrite pour la première fois en 2009 par Vijay Govindarajan dans un article de Harvard Business Review coécrit avec Jeffrey R. Immelt, CEO de General Electric. Classé parmi les vingt universitaires américains les plus influents, Govindarajan estime que cette innovation inversée est la dernière étape de la globalization et sera cruciale dans les décennies à venir. Dans son livre publié en avril dernier Reverse Innovation: Create Far From Home, Win Everywhere, il décrit les pays en voie de développement comme un formidable laboratoire de R&D d’où émergent de nombreuses innovations reprises au Nord. »

NB : ces notions sont différentes de celles développées par les théoriciens du jugaad (lire article)

Le Jugaad s’apparente très fortement aux mouvements suivants : le faire soi-même américain; le hacking ou le bodge anglais; le tapullo italien; le zìzhǔ chuàngxīn (自主创新) chinois; le Trick17 allemand; le gambiarra Brésilien; le Système D français; le jua kali kényan. Les termes ’n boer maak ’n plan issu de l’afrikaans, izenzele du zoulou, iketsetse du sotho et itirele du tswana, se réfèrent également au jugaad6.

Quelques définitions / lois clés

On qualifie de « low tech » tout objet, technique, savoir-faire, pratique, comportement et même courant de pensée s’articulant autour de trois principes clés, selon le Low Tech Lab qui fait figure de référence : l’utilité en répondant à des besoins essentiels, la durabilité dans le temps (robustesse, modulaire, réparable, fonctionnelle, etc.), et l’accessibilité au plus grand nombre d’un point de vue économique et technique.

Pensée intéressante de Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions énergétiques et climatiques et président du think tank The Shift Project : « Les innovations techniques  [high-tech] marquantes des cinquante dernières années sont globalement toutes d’inspiration américaine, et ce n’est pas un hasard. Les Etats-Unis sont le seul pays au monde à s’être construit sur une absence de limites, contrairement aux vieux pays d’Europe et d’Asie qui ont connu la famine, la maladie, des contraintes… »

On parle de sobriété d’usage

L’histoire montre que les décisions politiques suivent et rattrapent les évolutions et les revendications de la société civile, et non qu’elles les précédent ou les anticipent. En revanche, selon Philippe Bihouix, ingénieur centralien et essayiste ayant popularisé le terme de low-tech en France, soutient que la puissance politique possède encore d’énormes moyens d’actions, et qu’elle doit le faire : pouvoir normatif et réglementaire, choix fiscaux et mécanismes de soutien à l’innovation, commande publique etc.

Rappel historique

A en croire, notre imaginaire collectif, le progrès technologique serait un mouvement linéaire, une succession d’innovations toujours plus complexes. Pourtant, à plusieurs reprises au cours de l’ère industrielle, d’autres récits ont pris à contre-pied cette histoire mythique en valorisant la sobriété, la maîtrise, ainsi qu’un rapport plus riche à nos outils et au monde.

Dans les années 1960-70, beaucoup ont cherché à définir ce que seraient des technologies « Intermédiaires » (E.F. Schumacher), « libératrices » (Murray Bookchin) « démocratiques » (Lewis Mumford) ou encore « conviviales » (Ivan Illich). Il s’agissait d’imaginer des trajectoires techniques à petite échelle, décentralisées, sobres en énergie, respectueuses de l’environnement et à forte utilisation de main d’œuvre. Les années 1970 ont ainsi été l’âge d’or de ces technologies douces et des mouvements sociaux qui les portaient. Les publications et les expérimentations ont été innombrables, notamment aux Etats-Unis. Pourtant, ce mouvement s’affaiblit rapidement au cours des années 1980 avec la multiplication de nouvelles promesses technologiques et l’essor de la mondialisation néo-libérale ; l’enthousiasme initial est retombé avant de renaître timidement aujourd’hui, dans un contexte d’urgence climatique, d’épuisement des ressources et d’une décennie de crise financière ayant révélé les faiblesses d’un système marchand tel que nous le connaissons.

Pour autant, selon l’historien François Jarrige, auteur de l’essai Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences (La Découverte, 2014), l’importance des technologies « douces » – on dirait aujourd’hui low-tech – n’a en fait cessé d’être minorée depuis le début de la Révolution Industrielle, et que ses partisans étaient plus nombreux que l’on ne le pense. Ainsi, les premiers socialistes du XIXème siècle, comme Charles Fourier, s’opposaient aux effets avilissants et dégradants des machines de leur temps. Souvent ingénieurs, ils croyaient pourtant au progrès de la science. Avant de s’imposer massivement au XXème siècle, l’automatisation, le taylorisme et les énergies dites fossiles restèrent longtemps limités, en dehors de quelques régions. L’énergie hydraulique, comme celle du vent et la force physique des animaux, ont ainsi fait l’objet de nombreuses améliorations et perfectionnements avant d’être rendues peu compétitives par le bon marché factice des énergies fossiles. 

Aujourd’hui, quelles sont les initiatives ?

Dans le domaine de la mobilité, et notamment de la voiture, plusieurs solutions sont possibles pour remplacer notre bon vieux moteur carburant au pétrole. Electricité, hydrogène, bio-carburants… toutes ont des avantages et des contraintes. Pour autant, nous devons laisser tomber nos idées préconçues. « Au XIXème siècle, la voiture électrique était en avance sur son équivalent thermique » raconte Cédric Carles, co-auteur du livre Rétrofutur (Buchet-Chastel, 2018) et fondateur de l’association Paléo-énergétique, qui recense les invitations énergétiques du passé. Inventée dans les années 1830, la voiture électrique a ainsi connu son essor à partir de 1880 grâce aux batteries plomb-acide. On lui doit le premier dépassement des 100 km/h en 1899 et au tournant du siècle, les taxis londoniens tournaient à la Fée Electricité. Mais l’essor de l’industrie du pétrole, et de Ford avec sa Model T en 1908, auront raison de cette industrie.

Habitat, de nouveaux matériaux ou techniques pourraient être mises davantage en avant, la question demeurant toujours la question du passage à grande échelle.

Agriculture : les biologistes et agronomes de tout horizon travaillent sur de nouvelles méthodes de culture, notamment en tenant compte des contraintes des villes : hydroponie, aquaponie

Face aux smart cities toujours plus connectées et énergivores, certaines villes en Alsace, à Bordeaux, ou encore à Barcelone préfèrent prendre un virage plus low-tech.

Coût écologique caché du numérique : le numérique représente aujourd’hui environ 10% de la consommation électrique mondiale, et augmente à raison de 5 à 7 % par an. Noter que Netflix à lui seul consommerait 15% de la bande passante. De plus coût des appareils, de plus en plus élaborés, et difficilement réparables ou démontables par tout un chacun. Des initiatives existent pour proposer des téléphones (la startup néerlandaises Fairphone) ou des téléphones (coopérative française Commown, le célèbre mini-ordinateur Raspberry PI à 35 euros) répondant aux critères low-tech.  

Ces changements ne se passent pas uniquement dans le monde des entreprises, mais également au sein des formations. Ainsi, dans certaines écoles, étudiants passionnés et enseignants engagés tentent de proposer une vision alternative, plus durable et plus sobre, de professions dont le rôle sera déterminant dans la transition écologique.

Quelle différence avec le concept jugaad ?

Le concept d’innovation jugaad est né de la débrouillardise et de l’ingéniosité déployée – très souvent – dans des contextes socio-économiques contraints. S’il est régulièrement associé à la low-tech, il diffère par ses motivations. En effet, le jugaad est employé pour offrir de nouvelles perspectives aux équipes de R&D des entreprises et a pour objectif de rendre les produits moins coûteux et, in fine, d’ouvrir de nouveaux marchés. Côté low-tech, la démarche est a priori plus volontariste, dans une intention de prendre en considération une vision globale, systémique, centrée sur les usages, et surtout, dans un souci de durabilité et de résilience maximales.

Conclusion : parler de wise tech réconciliant le high et le low tech. De plus, pour avoir un réel impact, les low-tech vont devoir se diffuser au-delà des cercles militants et sortir de la marginalité. Financement et brevetage des innovations, rentabilité, relais… Les dilemmes et les défis ne manquent pas. Pour un monde meilleur ?

Pour aller plus loin :

SURFER – Site Internet, Blog, Réseaux sociaux, Application

Pour rester informé

  • Low-Tech Magazine : ce site Internet en anglais est un incontournable pour se former à la low-tech. Ses articles fouillés sont éclairants tant du point du vue théorique que pratique.
  • La Fabrique Ecologique : cette association d’experts promeut l’écologie au travers de notes étayées et accessibles sur une grande variété de sujets. Elle a consacré un rapport à la low-tech.
  • Low Tech Institute : le Low-Tech Institute réfléchit à l’après-pétrole en centralisant des notices (en anglais) sur son site pour entamer une démarche low-tech au quotidien.

Pour se relier

  • Low-Tech Lab : c’est aujourd’hui le pivot de toutes les initiatives low-tech menées en France et à travers le monde. Son site allie exemples concrets, kits pratiques et groupes de discussion pour créer une émulation collective.
  • Ingénieurs engagés : cette fédération a monté plusieurs groupes locaux et thématiques afin de repenser le rôle des ingénieurs dans la société, centrés sur des problématiques sociales et environnementales.
  • Etika Mondo : cette association propose des stages de cinq jours, théoriques et pratiques, pour apprendre à construire un écolieu. La démarche low-tech y occupe une place à part entière.
  • Fonds Agir Low-Tech : cette structure d’intérêt général fraîchement lancé tente de mettre au point une approche méthodologique scientifique des low-techs afin d’accompagner – par des conseils ou des financements – des acteurs de la transition.

Pour réinventer

  • Framasoft : figure de proue de l’Internet libre, l’association Framasoft déploie toute une galaxie de logiciels ouverts mettant l’accent sur les libertés numériques et offrant une alternative à l’hégémonie des géants du numérique.
  • Réseau français des Fablabs : ce réseau regroupe la plupart des fablabs de l’Hexagone, lieux où l’on peut apprendre, faire et partager. Il propose aussi des groupes de discussion, un wiki, et anime un festival annuel.

Pour agir

  • L’Atelier Paysan : l’Atelier Paysan est une coopérative qui propose des conseils, des stages de formation et des plans en accès libre pour fabriquer ses propres machines agricoles.
  • Halte à l’Obsolescence Programmée : cette association fédère les citoyens pour influencer les politiques et pousser les entreprises à créer des produits durables et réparables.
  • Zero Waste France : figure centrale de la démarche zéro-déchet en France, l’association propose des conseils, produit des notes et rapports, anime une communauté et  lance des défis à relever collectivement.

ECOUTER – Podcast, Radio

LIRE – Essai, Roman, Manuel

  • L’âge des Low Tech, Philippe Bihouix, Editions Seuil, 2014 //. Ce livre démonte un à un les mirages des innovations high tech, et propose de prendre le contre-pied de la course en avant technologique en se tournant vers les low tech, les « basses technologies ». Il ne s’agit pas de revenir à la bougie, mais de conserver un niveau de confort et de civilisation agréables tout en évitant les chocs des pénuries à venir. S’il met à bas nos dernières illusions, c’est pour mieux explorer les voies possibles vers un système économique et industriel soutenable dans une planète finie.
  • L’innovation Jugaad, redevenons ingénieux !, Simone Ahuja, Jaideep Prabhu, Navi Radjou, Editions Diateino, 2013 // Les entrepreneurs jugaad perçoivent les fortes contraintes comme autant d’incitations à innover. Ce livre fait la lumière sur la façon dont ces innovateurs jugaad pensent et agissent, et identifie les précieuses leçons dont l’Occident tire déjà profit. Lire également la version originale de leur théorie sorti en 2012, Jugaad Innovation: Think Frugal, Be Flexible, Generate Breakthrough Growth (non traduit)
  • Les Précurseurs de la décroissance : Cette collection d’essais, éditée par le Passager clandestin sous la direction de Serge Latouche, offre une introduction pédagogique à la pensée de figures essentielles de l’écologie dans de courts volumes.

REGARDER – Film, Série, Conférence, Reportage

Sources : Hors-série « L’avenir sera low-tech », SOCIALTER, mai-juin 2019

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