Quart de siècle, toc toc

Votre meilleur ami d’enfance vous a invité à son mariage, tandis que votre bestie d’école continue d’écumer les bars tous les vendredis soirs. Et vous dans tout ça, vous hésitez à s’engager avec ce nouveau crush, quitte à oublier que vous avez la frousse de demander une augmentation, à défaut d’oser quitter votre job. Crise du quart de siècle, quésaco? En plein dedans.

Cet article n’engage que son auteur.

Traversée du no man’s land

Psychologues, thérapeutes et écrivains parlent de la crise du quart de siècle à travers différentes études et ouvrages tels que celui d’Alexandra Robbins et Abby Wilner, deux psychologues américaines à l’origine du best-seller paru en 2001 intitulé Quarterlife Crisis. Plus récemment, selon une étude réalisée via LinkedIn par le psychologue britannique Oliver Robinson de l’université de Greenwich à Londres, 69% des jeunes (25-33 ans) connaissent une crise du “quart de vie”, appelée également “crise des 25”. Pas moins de 43% des 25-33 ans disent ne pas être sûrs de savoir quoi faire de leur vie et de leur carrière. Si certaines personnes freinent des quatre fers pour pouvoir encore rester volontairement de très jeunes adultes, d’autres à l’inverse sont déstabilisées par le poids des premières années d’insertion dans la vie professionnelle, ou après plusieurs années de couple solidement fondées. Deux facettes d’un même mal qui les rongent, et le sentiment d’être larguées ou engagées dans la mauvaise voie.

Quelles sont les véritables fondements de cette crise ? Êtes-vous concerné-e ? Comment la surmonter ?

Est-ce pire que la quarantaine ? Gouffre sans nom, où on a le sentiment d’être à un carrefour de nos vies. Certains s’engagent, d’autres pensent voyages autour du monde, réorientation, ou crédit sur 30 ans. Et c’est très bien comme cela, chacun à son propre tempo, sa propre variation sur la partition, avec des aspirations et des projets différents.  Pendant ce temps, à notre âge, nos parents étaient bien souvent casés, avec déjà un si ce n’est deux enfants. Aujourd’hui, nous célébrons scrupuleusement le moindre anniversaire de couple tous les ans, comme si le temps qui passait était une victoire face à nos échecs amoureux passés. Nous angoissons face à l’espérance de vie qui continue d’augmenter, nos grands-parents qui fêtent leurs noces d’or et nous qui regardons notre moitié d’un mois / un an / une décennie : est-ce la bonne personne avec qui je veux engager pendant une durée de temps illimitée ? Nous faisons face à la pression du choix, dans une société où Tinder fait office de supermarché humain. Au travail, nous ne voulons plus seulement un emploi stable, mais plutôt un emploi en accord avec nos aspirations, qui fait sens. Pour autant, nous ne pouvons tomber dans cette frénésie de la dictature du bonheur, ou Happycratie comme l’ont brillamment analysé le docteur en psychologie Edgar Cabanas et la sociologue Eva Illouz.

Nous serions-nous trompés ? Posons-nous trop de questions ? Et quid du phénomène des premiers de la classe, qui plaquent tout pour faire un métier ayant plus de sens pour eux, souvent moins abstrait et plus manuel ?  Quelle est la solution ? Comment faire quand nous voulions être cuisinier, mais que par peur, nous préférons mitonner des petits plats pour notre moitié le soir après notre journée de banquier ? Quand nous nous sommes rabattu.e.s sur le marketing ou la pub pour tenter de satisfaire (sans succès) notre élan créatif ? Comment faire quand nous voulions être journaliste, écrivain, photographe, et qu’à la place nous avons fait une école de commerce pour être sûr.e de trouver un emploi derrière ?

Je voue une admiration sans borne à une personne qui m’est très chère, qui a fait un choix très courageux il y a quelques années en arrêtant ses études et en repartant de zéro dans une autre voie. Vous savez quoi ? Elle avait raison. Elle a eu la lucidité, l’intelligence et l’instinct de survie de changer une situation qui ne lui convenait pas et qui allait la faire étouffer. Le chemin a été dur, difficile, très difficile. Le jugement des autres, des proches, de soi-même, est implacable. Le droit à l’erreur, inexistant.  Et pourtant, et pourtant. Aurais-je osé faire la même chose ? Reconnaître que moi aussi je m’étais plantée ? Que je suis engluée dans une routine, dans une vie qui ne me correspondait plus ? Que faire quand on se rend compte que finalement le jugement et le regard des autres ne comptent pas, mais que vous votre survie en dépend ? Avez-vous ne serait-ce qu’une seule fois, tout remis en question ? Avez-vous un seul jour passé en revue l’ensemble des éléments qui vous constituaient : votre éducation, vos croyances, vos valeurs, vos centres d’intérêts… et dit très clairement ceux pour lesquels vous étiez véritablement en accord, en rupture, et ceux que vous aimiez vraiment ?

Je voudrais parfois revenir en arrière. Retourner à l’âge où tout était encore possible. Quand malgré nos physiques plus ou moins ingrats et nos goûts vestimentaires plus que douteux, nous étions libres. Libres de devenir n’importe qui, de devenir quelqu’un, de devenir nous-même. Pour autant, nous ne pouvons blâmer notre entourage, nos proches, nos professeurs, qui ont toujours voulu le meilleur pour vous. Mais alors, la vérité, est-ce les autres ou nous-même qui nous sommes imposés toutes ces contraintes, ces choix sensés, rationnels ? Le sens des priorités change tout au long de la vie. Si le travail ne fait pas tout, il demeure une large part de notre vie, trop certainement. Rien ne sert de tout envoyer balader si nous ne prenons pas vraiment la mesure des conséquences de toute décision précipitée. Mais sachons avoir la clairvoyance de se rendre compte s’il s’agit d’un passage à vide ou d’une véritable remise en question. Mais toute amélioration, aussi légère soit-elle, sera un véritable soulagement.

Croyons en nous, nous sommes la seule personne qui peut changer les choses, personne ne le fera à notre place. Nous le méritons, nous nous devons de se faire ce cadeau, de faire le tri de nos croyances, nos relations, nos amours, nos ambitions, et conserver ceux qui entrent en véritable résonance avec notre personnalité et notre vie. La vie est pleine de compromis, de sacrifices parfois consentis pour des proches ou la bonne cause. Mais rien ne justifie le fait d’en être simple spectateur. Faites baisser la pression, laissez de la place à l’imprévu, commencez petit. Dans tous les cas, passez à l’action, engagez-vous, vous en êtes capables. Pour le meilleur tout simplement. Le meilleur de vous-même.

ANG

Pour aller plus loin :

Sources :Les Inrocks, Marie Claire, Le Monde, Psychologies, L’Express, Slate

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